"Tu vois ce que je veux dire coco..."

Attention, dès qu’au détour d’une conversation est lancée le célèbre « tu vois ce que je veux dire coco… », tout est à craindre !

Enfant naturel de la communication et de l’informatique, le multimédia a hérité d’un certain nombre d’archétypes et de travers. Lorsqu’ils se cantonnent à une « cool attitude » ou à une créativité exubérante, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, c’est parfois bon signe. En revanche, dès qu’au détour d’une conversation est lancée le célèbre « tu vois ce que je veux dire coco », alors tout est à craindre. Les exemples pourraient êtres longs et fastidieux et nous avons tous connu ces tirades du type : « tu me fais une page avec une super image tendance au milieu et sur la gauche un picto sexy, animé du genre euh..., enfin tu vois ce que je veux dire coco. C’est en ligne dans 1heure ok ! ».
Pour anecdotique que cela puisse paraître, ceci révèle une faille importante justifiée par deux idées erronées mais courantes présupposant que :
- 1- Le multimédia serait avant tout un ensemble d’images, d’animations, de pages, et d’effets...
- 2- Le « on-line en temps réel et l’utilisation toujours plus aisée des matériels et logiciels rendent tout « possible » y compris les approximations.

Une réelle méthodologie de conception... L’industrie ne lance pas sur le marché un « produit de hasard ». Le multimédia le fait. Il n’est pas rare de devoir travailler à partir de briefs de 2 lignes, ou de story-boards écrits sur un coin de table, entre deux portes ou 3 coups de fil tous très importants...Pire, dans certaines écoles de renom qui mettent le multimédia au fronton de leur programme, les méthodologies de conception et de production sont délaissées au profit d’une valorisation pseudo artistique : « Apprenez à faire de belles images et de beaux écrans, Internet fera le reste. ». En stage ou en poste, ces « artistes » reproduiront les approximations apprises loin de la méthodologie et des spécifications détaillées. Pour sa fonction « amont » dont les objectifs sont de préciser, écrire, décrire, clarifier, imaginer, cadrer, répartir, distribuer et préparer sur le papier tous les éléments nécessaires et indispensables, le cahier de spécifications demande une gymnastique d’esprit et une rigueur.

Une méthodologie de réalisation appliquée... C’est une sorte de « pré-vision » de la future application qui sera produite par une équipe de graphistes et de développeurs après une validation client. Ce même document, une fois corrigé sera la référence pour les équipes de réalisation qui y trouveront le travail à effectuer et les réponses aux éventuelles questions. Comme un « guide line » ou charte d’un produit, il répond avec précision à une suite logique point par point, comme dans une démarche "industrielle"…

Ainsi, après avoir goûté au plaisir de travailler sur la base d’un cahier de spécifications détaillées, si quelqu’un vous lance à nouveau « tu vois ce que je veux dire coco... », sans attendre la fin de la démonstration, coupez-le par un très ferme et mais poli : « non, je ne vois pas ce que tu veux dire coco »... Vous verrez, c’est radical, et cela permet de repartir sur de bonnes bases.

(Article publié sur admirabledesign.com.)