Utopie(s) ?

Et si L’utopie Internet était aussi de croire que la dynamique des réseaux, de l’intelligence collective et celle du P2P puissent bouleverser l’ordre des choses ?

Jamais une technique n’a jusqu’à nos jours été le seul ferment "révolutionnaire" permettant un changement en profondeur.
L’histoire a maintes fois démontré que l’illusion d’un progrès technique ne permettait pas de rénover la société, matériellement et politiquement. Abondamment utilisé par des groupes "citoyens" ou des organisations politiques, Internet (y compris le piratage qu’y s’y produit) ne révolutionne pas grand-chose sur le plan social ou politique. Il apporte tout au plus des moyens pratiques plus nombreux et plus accessibles pour aider et amplifier des méthodes d’action, et prouver leur vitalité et leur efficacité, dont le mutuellisme, l’échange direct, la contre information immédiate…
La prudence est donc nécessaire car ce n’est pas la première fois qu’un support provoquerait un enthousiasme pour "un avenir meilleur". En 1983, à la naissance du Minitel, une société du "0 papier " était pronostiquée. Les marchands d’imprimantes et de consommables, comme les marchands de pelles de la "ruée vers l’Or" ont fait des bénéfices tangibles… La lecture sur écran n’a pas supplanté l’usage du papier, bien au contraire.

En revanche, au cours de l’histoire, certaines pirateries furent globalement positives bien qu’éphémères. Elles méritent alors d’être mises en exergue.

Fin du XVIIe siècle "Libertalia", une : République piratique.

À Madagascar, les pirates Anglais Thomas Avery et Nathaniel North, le Provençal Misson, et le prêtre défroqué italien Caraccioli, fondent l’éphémère “République internationale de Libertalia“ : une communauté “d’harmonie” , fraternelle, humaniste, anti-raciste et surtout ouverte, c’est-à-dire sans réglementation figée ni volonté de système imposé. Les richesses y sont réparties de façon égalitaire - règle de fait chez les flibustiers - liées à une organisation collectiviste du travail. "Nous travaillons autant que nous aurons mangé. "
La communauté se construit économiquement dans un processus opposé à la classique accumulation de revenus.
Quant à l’organisation politique de la république, elle implique l’élection directe par tous du chef, qui perd son auréole de droit divin, avec un mandat temporel précis qui stipule qu’ils seront " les gardiens vigilants des droits et des libertés des peuples ".
Au temps de l’absolutisme monarchique, "cela fait désordre !" Les "Liberi" ne se reconnaissent plus dans les nations. La république regroupe plusieurs nationalités (toujours selon le schéma pirate) et s’oppose violemment à l’esclavagisme . Chaque esclave libéré devient un membre de Libertalia de plein droit. Le fait de "venir de la mer" tenait lieu de passeport.
L’aventure s’achève dans le sang, la communauté sera détruite par des tribus voisines irascibles…

Les utopies ont ponctué les siècles, avec toujours l’objectif de changer "son monde" et "le monde".